Les déficients intellectuels vieillissants et âgés.

dimanche 14 septembre 2014
par  A.GRANGEON
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Définitions :

Adultes déficients intellectuels vieillissants : « Une personne handicapée vieillissante est une personne qui a entamé ou connu sa situation de handicap (quelle qu’en soit la nature ou la cause) avant que de connaître les effets d’un vieillissement. La situation de handicap a donc précédé le vieillissement. » [1]

Adulte déficient intellectuel âgé : adulte déficient intellectuel de plus de 60 ans.

L’association APEI d’ORANGE considère dans son Projet Associatif Global [2] que la déficience intellectuelle ne saurait disparaître en fonction du vieillissement et qu’en particulier la limite de 60 ans n’a aucune réalité intellectuelle. Il n’y a donc aucune raison pour que l’accompagnement qui était nécessaire jusqu’alors aux personnes déficientes intellectuelles disparaisse brutalement. Au contraire, les personnes n’ayant plus d’activité professionnelle doivent pouvoir conserver à 60 ans leur lieu de vie et leur mode de vie, avec les adaptations rendues nécessaires par le vieillissement.

Le Dr Philippe Gabbaï neuro-psychiatre-formateur a présenté dans un article [3] l’état actuel de cette catégorie de personnes.Il en ressort que :

  • Dans la plupart des cas le vieillissement est en tout point comparable à celui d’une population standard, que ce soit au plan cognitif, psychoaffectif ou organique (à l’exception de la trisomie 21).
  • L’impression d’un vieillissement précoce est en fait fortement lié à la présence de « phénomènes de régression », plus ou moins intenses, plus ou moins rapides, survenant entre 40 et 60 ans. Ces phénomènes, pour la plupart, n’ont aucun rapport avec l’âge du sujet.
  • Ces phénomènes de régression sont la conséquence de la non adaptation des équipes éducatives par rapport aux contraintes du vieillissement.

Les modèles utilisés par ces équipes reposent principalement sur le traitement des enfants puis des adultes (en remarquant au passage que les établissements sont spécialisés par l’âge, sauf en ce qui concerne les déficients intellectuels vieillissants ou âgés). Les équipes éducatives ont été formées à trouver le sens de leur travail dans les objectifs de la progression, de la recherche de l’autonomie et de l’acquisition de compétence. Le modèle de référence est celui du « progrès ». Le vieillissement des déficients intellectuels attaque ce modèle. Et dès qu’apparait la régression, la panique s’empare de l’équipe qui en appelle au pouvoir médical pour une « remise en ordre » du patient. Mais fondamentalement, rien n’est résolu.

  • La solution est dans le maintien d’une « éducation » qui assure la vie commune, le respect des autres, dans la perspective de l’échange et de la communication. Mais pour arriver à la mise en place de cette éducation, trois tâches principales sont nécessaires.
    • La première est de doter par la formation les équipes professionnelles d’un savoir-faire mis au point ces dernières années dans le champ de la gérontologie.
    • La seconde tâche est de fournir aux équipes des outils permettant de considérer le déficient intellectuel vieillissant dans son intégrité. Et refuser le diagnostic organo-clinique le lien direct lésion-symptôme ou d’assimiler le vieillissement à des lésions neuro-anatomiques. Inversement, c’est rechercher leur histoire, leur passé, leur mode d’être, leur culture, leurs goûts, leur gestes familiers, leurs visages et leurs voix... C’est aussi aller chercher dans tous les modèles utilisables, des outils qui permettront d’éclairer des faits bruts et incompréhensibles afin de les rendre lisibles, sensés et qui apportent à leurs utilisateurs le plaisir de « comprendre ».
    • La troisième tâche est concevoir que « L’Éducation » des personnes déficientes intellectuelles âgées est bien cet acte d’humaniser et de socialiser, afin d’inscrire l’homme dans la communauté humaine. Pour cela, il suffit, pour l’humaniser et le socialiser, de le « rencontrer » afin de faire apparaître le lien « fraternel » de la « Rencontre ».
  • Enfin, la présence de personnel soignant dans les structures est indispensable dans la quotidienneté. Un personnel infirmier minimum est nécessaire pour assurer le suivi des prescriptions, la coordination des soins, la tenue des dossiers, les relations avec les médecins et les hôpitaux. L’implication régulière et importante d’un médecin « institutionnel » (et pas seulement de consultants) est indispensable pour aider le personnel à clarifier ses observations, à mieux comprendre les pathologies et leurs conséquences quotidiennes, à aider le personnel à adopter les conduites adéquates, à écouter l’angoisse qu’éveillent, dans tout aidant, la souffrance, la maladie et l’inéluctable de la mort.

Cette analyse du Dr GABBAÏ modifie les standards actuels qui font plutôt correspondre la régression observée avec la pathologie. Elle doit être un élément de réflexion car elle peut ou elle doit influer sur la nature de l’accompagnement des personnes déficientes intellectuelles vieillissantes ou âgées. En tout état de cause, la
formation à la gérontologie va devenir une nécessité pour les équipes en contact avec cette nouvelle population de déficients intellectuels.


[1Source : « Les personnes handicapées vieillissantes : Espérances de vie, projections démographiques et aspects qualitatifs. Éléments pour une prospective ».Rapport d’étude pour la Direction de la Recherche, des Études, de l’Évaluation et des Statistiques Bernard AZEMA, Nathalie MARTINEZ Mai 2003 , CREAI LANGUEDOC ROUSSILLON

[2Ce projet peut être consulté ici

[3« Longévité et avance en âge des personnes handicapées mentales et physiques » paru dans Les Cahiers de l’Actif - N°312/313 29. Cet article
peut être consulté ici


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